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Hip Hop 360 s’expose à la Philharmonie de Paris

today9 janvier 2022 148 8 5

Arrière-plan
Hip Hop 360 - Radio Pulsar

Au seuil de l’exposition Hip Hop 360, un paradoxe nous assaille. Enfin ! jubile-t-on. Enfin le hip hop, 40 ans tout rond, bénéficie d’une exposition digne de son nom et de ses lettres populaires, dans une institution aussi prestigieuse que la Philharmonie de Paris. Mais derrière l’enthousiasme, impossible de réfréner cette légère inquiétude: peut-on décemment enfermer cet art né des rues et grandi sur le bitume, entre les murs d’un musée ? L’événement signifie-t-il sa mort annoncée, le lent déclin d’un art né sauvage, désormais apprivoisé ?

Dès les premiers pas dans cette immersion grandeur nature au sein de la culture hip hop, nous voici rassurés. L’exposition respire la vie. Par sa scénographie ultra colorée qui emprunte à la poésie des rues, avec ses décors de tôle, ses métros graffés façon années 80, qui foncent à vive allure sur les murs, par la gestion sensorielle et subtile de ses musiques, par la succession des lieux, des visages. Joey Starr, Diam’s, Booba, MC Solaar, Leeroy, Kery James, par ses anecdotes loufoques et ses émissions de télé vintage, 100% émouvantes, la visite suscite une certaine jubilation. Comme une battle de break dance endiablée. Comme un tourbillon sur la tête. Comme un freestyle.

Et ce ne saurait être un hasard. Le commissariat a été assuré par un ex-danseur, François Gautret, boss de l’Urban Films Festival, devenu promoteur de la culture hip hop auprès des institutions. C’est un fait : l’exposition possède un sens du mouvement, du rythme et de l’espace indéniable.

Directeur adjoint du Musée de la Musique, Jade Bouchemit éclaire : « Aux manettes, nous ne voulions surtout pas d’un universitaire érudit, qui surplombe le mouvement. Nous souhaitions plutôt un artiste qui soit partie intégrante de cette histoire, assez consensuel dans le milieu pour réunir autour de lui des artistes d’univers et générations disparates. De même, la scénographe Clémence Farrell n’est autre que l’épouse de Liam Farrell, alias Doctor L le musicien et producteur, complice–entre autres–de la première heure d’Assassin. »

Ainsi, de nombreux artistes ont été mis à contribution : DJ Dee Nasty, pionnier du rap en France, a pioché 70 disques dans sa collection personnelle, MC Solaar, Youssoupha, Féfé ou Cut Killer témoignent en vidéo, JonOne, Grems ou Mode 2 ont peint des œuvres in situ pour l’exposition.

Dans l’installation phare, l’écran à 360° qui diffuse en boucle des images de concerts de Diam’s, NTM, Lala, ou des archives vidéo de block parties sur les terrains vagues de La Chapelle ou du Fort d’Aubervilliers, des graffeurs, des cinéastes, des rappeurs de la jeune génération viendront bientôt dévoiler leur art en live.

Cette exposition joyeuse se conjugue au présent, rassemble des crews, et paraît suivre à la lettre le précepte fondateur du hip hop, édicté par Afrika Bambaataa et sa Zulu Nation : « peace, love, unity and having fun. »

C’est d’ailleurs par lui que tout commence, dans les rues du Bronx où a fleuri cette utopie bienfaitrice. Parmi les pépites de la première étape de l’exposition ? Un collier à l’effigie de la Zulu Nation ou une missive d’Afrika Bambaataa himself pour sermonner les « vandales » qui taguèrent la station Louvre-Rivoli à Paris. Et surtout, il y a les photos précieuses de Sophie Bramly aux États-Unis, celles de Maï Lucas sur les prémisses du mouvement en France ou le reportage inédit et flamboyant de Marc Terranova…

Car le hip hop traverse vite l’Atlantique pour atterrir à Paris. Son avènement se joue justement à quelques encablures de la Philharmonie. La date fondatrice ? Le 27 novembre 1982, à l’Hippodrome de Pantin, où se déroule cet ovni, le concert New York City Rap Tour, organisé par le journaliste Bernard Zekri (Actuel). Au menu ? Afrika Bambaataa, mais aussi des graffeurs, comme Futura 2000 ou Phase II…

« Parmi les trésors retrouvés, comme des mixtapes rares ou des photos du Fort d’Aubervilliers, l’affiche de ce concert, que l’on croyait définitivement perdue, a été dénichée chez un collectionneur de New York… Quelle émotion ! », s’extasie Jade Bouchemit.

De la naissance du hip hop en France, sont ici révélées des archives essentielles : des extraits de l’émission culte H.I.P.H.O.P, avec Sidney, lancée en 1984 sur TF1, les premières rimes de Bouge de là de MC Solaar dans l’émission DeeNastyle de Nova, un carnet de Kery James, etc.

Car, comme toutes les expositions de la Philharmonie, Hip Hop 360, interactive et immersive, donne à « voir » la musique, avec des objets, des œuvres d’art, des peintures, des vinyles, des fringues, des photos…

Ce rassemblement de pièces hétéroclites ne fut pas aisé, selon le directeur adjoint : « Les prêteurs du hip hop, essentiellement des collectionneurs et des passionnés, n’avaient aucune notion des feuilles de prêt, de la valeur des assurances, etc. Certaines œuvres ont été ramenées en vrac dans des sacs plastique… Un artiste nous a même parlé d’une création conjointe avec Basquiat, quatre jours avant l’ouverture… Tout se faisait un peu à l’arrache, en perpétuelle évolution… L’esprit hip hop ! »

Dans une volonté d’exhaustivité, l’événement balaye les cinq champs historiques de la discipline – beatbox, DJ, rap, graff, danse –, s’attache à la mode, aux machines, à l’art de l’échantillonnage. Elle scrute aussi les paradoxes du rap, entre ghetto et bling bling, et fait se côtoyer l’ancienne et la nouvelle génération (PNL, JuL, Chilla, etc.)

Dans ce désir de ne rien oublier, parfois, elle se fait légère, voire superficielle. De quoi en ressortir pas tout à fait rassasié, l’appétit aux aguets, mais avec un enthousiasme qui nous donne envie de déclamer haut et fort cette punchline de la Fonky Family, en sous-titre de l’exposition : « Gloire à l’art de la rue ! »

Hip Hop 360 jusqu’au 24 juillet à la Philharmonie de Paris.

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En vidéo ci-dessous, la présentation de l’exposition Hip Hop 360

Exposition Hip-Hop 360

Écrit par: radio_pulsar

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