Articles

La destruction de la forêt amazonienne progresse de 22 % en un an

today19 avril 2022 159 4 5

Arrière-plan
forêt amazonienne - arbres coupés - Radio Pulsar

La forêt amazonienne, celle qu’on considère souvent comme un des poumons verts de notre planète, pourrait prochainement se transformer en savane… Face au changement climatique et à la déforestation intensive, l’Amazonie a-t-elle atteint un point de non-retour ?

En effet, une nouvelle étude, publiée dans la revue scientifique Nature Climate Change, révèle que les trois quarts de l’Amazonie, immense forêt tropicale riche en biodiversité, semblent montrer une perte de résilience depuis le début des années 2000. Or, la résilience de la forêt amazonienne, soit sa capacité à retrouver un état stable après des perturbations, telles que des évènements climatiques ou des sécheresses, aux changements climatiques et à l’utilisation des terres est essentielle et indispensable pour la biodiversité, le climat régional et le cycle mondial du carbone.

“Une résilience réduite, la capacité de se remettre de perturbations telles que des sécheresses ou des incendies, peut signifier un risque accru de dépérissement de la forêt amazonienne. Le fait que nous constations une telle perte de résilience dans les observations est inquiétant”, a déclaré Niklas Boers du Potsdam Institute for Climate Impact Research et de l’Université technique de Munich, qui a mené l’étude conjointement avec des chercheurs de l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni. “La forêt amazonienne abrite une biodiversité unique, influence fortement les précipitations dans toute l’Amérique du Sud grâce à son énorme évapotranspiration et stocke d’énormes quantités de carbone qui pourraient être libérées sous forme de gaz à effet de serre en cas de dépérissement même partiel, contribuant à leur tour au réchauffement climatique”, a-t-il ajouté.

C’est pourquoi, la perte prononcée de la résilience de la forêt amazonienne est un problème environnemental à l’échelle mondiale. En effet, la forêt tropicale agit généralement comme un grand puits de carbone terrestre, permettant de diminuer le rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Cependant, le flux d’absorption de carbone de l’Amazonie a diminué au cours des quatre dernières décennies et, notamment, lors des deux sécheresses majeures de 2005 et 2010 où, temporairement, l’Amazonie s’est transformée en une source de carbone en raison de l’augmentation de la mortalité des arbres.

“Alors qu’un système peut sembler stable si l’on ne considère que son état moyen, un examen plus approfondi des données avec des méthodes statistiques innovantes peut révéler une perte de résilience”, a déclaré Chris Boulton du Global Systems Institute de l’Université d’Exeter, tout en précisant que “des études antérieures basées sur des simulations informatiques ont indiqué que de grandes parties de l’Amazonie peuvent être vouées au dépérissement avant de montrer un fort changement dans l’état moyen. Notre analyse observationnelle montre maintenant que dans de nombreux domaines, la déstabilisation semble déjà en cours.”

Grâce à une analyse statistique avancée de données satellitaires, sur les changements de la biomasse et de la productivité de la végétation, les scientifiques ont pu évaluer la résilience de la forêt amazonienne. Ils ont alors fourni des preuves empiriques suggérant que des conditions globalement plus sèches, aboutissant à trois épisodes de sécheresse sévère, combinées aux activités humaines (routes, centres urbains ou utilisation des terres), ont probablement joué un rôle crucial dans la perte de résilience observée.

“C’est alarmant, car les modèles du GIEC prévoient un assèchement général de la région amazonienne en réponse au réchauffement climatique anthropique”, a déclaré Boers.

Cependant, les chercheurs sont dans l’incapacité de prévoir le point de basculement, ou tipping point, de la forêt amazonienne qui, une fois qu’il sera dépassé, n’aura pas de retour en arrière possible. “Nous avons donc examiné des données d’observation spécifiques pour détecter des signes de changements de résilience au cours des dernières décennies. Nous constatons une diminution continue de la résilience de la forêt tropicale depuis le début des années 2000, mais nous ne pouvons pas dire quand une transition potentielle de la forêt tropicale à la savane pourrait se produire. Quand il sera observable, il sera probablement trop tard pour l’arrêter”, a indiqué Boers.

Comme l’explique une étude publiée dans la revue scientifique Nature, intitulée “Points de basculement climatiques, trop risqué pour parier contre” : “Les politiciens, les économistes et même certains spécialistes en sciences naturelles ont eu tendance à supposer que les points de basculement dans le système terrestre, tels que la réduction de la forêt amazonienne ou de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, sont peu probables et mal compris. Pourtant, les preuves s’accumulent selon lesquelles ces événements pourraient être plus probables qu’on ne l’imagine et avoir des impacts importants. Ils sont interconnectés à travers différents systèmes biophysiques, engageant potentiellement le monde dans des changements irréversibles à long terme.”

Alors que la forêt amazonienne s’approche à grande vitesse d’un point de non-retour, une solution est pourtant à portée de main : réduire la déforestation. Cependant, au Brésil, pays qui possède la plus grande superficie de la forêt amazonienne, le gouvernement actuel est loin de se préoccuper de l’Amazonie.

D’après un communiqué publié par Greenpeace Brésil, “les données publiées du système Deter, de l’Institut de recherche spatiale (INPE), réaffirment que la déforestation de la plus grande forêt tropicale de la planète reste hors de contrôle. Entre le 1er et le 28 février 2022, les alertes pointent au total 199 km² déboisés. Cela représente une augmentation de 62 % par rapport au même mois en 2021”, tout en indiquant que “les alertes à la déforestation sont principalement concentrées dans les États d’Amazonas (40 km²), du Mato Grosso (49 km²) et du Pará (79 km²), où l’augmentation par rapport à février de l’année dernière était de 119 %.”

Les décisions prises par le président brésilien, Jair Bolsonaro, continuent d’ignorer les conséquences environnementales sur la forêt tropicale amazonienne. En effet, le 14 février 2022, Jair Bolsonaro a signé un décret favorisant l’orpaillage, recherche et exploitation artisanale de l’or dans les rivières aurifères, en Amazonie. “Face à l’expansion des activités minières et agricoles, la déforestation de la forêt Amazonienne a atteint 13 235 km² entre août 2020 et juillet 2021, un record inégalé depuis les 15 dernières années”, a indiqué l’association française Planète Amazone.

D’après les données publiées par l’Institut National de la Recherche Spatiale (INPE) du Brésil, organisme public chargé de mesurer la déforestation en Amazonie, le taux de déforestation de la forêt amazonienne est estimé à 13 235 km² entre le 1er août 2020 et le 31 juillet 2021, soit une augmentation d’environ 22%.

Au Brésil, chaque semaine un défenseur de l’environnement est assassiné

Écrit par: radio_pulsar

Rate it

Article précédent

SVOM intégration - Radio Pulsar

Articles

La mission franco-chinoise SVOM

La mission SVOM (Space-based multi-band astronomical Variable Objects Monitor) est une mission franco-chinoise consacrée à l’étude des plus lointaines explosions d’étoiles, les sursauts gamma. Elle doit être lancée mi 2023 par la fusée chinoise Longue Marche 2C depuis la base de lancement de Xichang.

today27 mars 2022 224 3 3

0%